De la Vigne au Vin
 
 
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Les Echanges Bois-Vin

Dès la vinification effectuée en cuve le vin acquiert une large palette aromatique, cependant le bois de chêne y ajoute d'autres nombreuses nuances qui viennent enrichir la complexité aromatique du vin.
Durant l'élevage en fût de chêne naturellement aromatique, la dissolution des extractibles du bois rendue possible par la composition alcoolique du vin permet à ce dernier d'obtenir le caractère boisé tant apprécié des consommateurs. La plupart des éléments provenant du bois sont identifiés et pour chacun d'eux une correspondance aromatique et gustative connue a été attribuée, ainsi nous trouvons beaucoup de caractéristiques épicées : clou de girofle, poivre,.. ; ou florales : oeillet, rose... ; ou empyreumatiques : fumée, pain grillé, etc.
La réunion de ces diverses "senteurs" constitue la base du caractère boisé.
Lors de sa fabrication la barrique passe par une étape essentielle à la qualité de son élaboration qui est le brûlage. Cette étape permet l'apparition de nombreux composés volatils dérivant de la thermodégradation de certains éléments.
Ces composés peuvent être étudiés en les dosant par chromatographie en phase liquide et en phase gazeuse.

I. Présentation de la chromatographie
La chromatographie est une méthode d'analyse chimique consistant à séparer les constituants d'un mélange.
Cette séparation s'effectue grâce à des échanges entre une phase mobile et une phase fixe. La phase mobile est constituée de l'échantillon à analyser et du solvant qui va permettre la migration des différents éléments de l'échantillon le long d'une colonne dont la paroi capillaire (grains ou gel) constitue la phase stationnaire.
Les deux types de chromatographie auxquels nous allons nous intéresser sont la chromatographie liquide haute performance et la chromatographie en phase gazeuse.
Le bois de chêne contient de nombreux composés phénoliques très importants dans la qualité de l'élevage des grands vins en barriques. La chromatographie liquide va ainsi nous permettre de mettre en évidence l'ensemble des composés phénoliques du cœur de bois de chêne et du bois brûlé, et de constater des différences au niveau de l'origine des bois ainsi qu'au niveau des techniques de fabrication de la barrique. On ne pourra cependant pas détecter les phénols volatils.

II. Les composés non volatils
La chromatographie liquide haute performance permet de mettre en évidence les composés non volatils du chêne cédé au vin.
On distingue ainsi les acides gallique, ellagique, vanillique, férulique, et syringique, des aldéhydes vanillique, syringique, coniférilique, sinapique et des coumarines aescutine, scopolétine.

Ces composés sont des polyphénols c'est à dire qu'ils comportent une ou plusieurs fonctions phénols. Nous constatons donc des acides phénols, des aldéhydes phénols et des coumarines.

Les bois de France ou d'Amérique contiennent peu d'aldéhydes phénols (vanilline et syringaldéhyde) . Cependant le bois brûlé en est riche.
La lignine (à droite) est un polymère phénolique complexe, neutre qui imprègne la matrice polysaccharide des parois cellulaires du duramen (cœur du bois )
Les aldéhydes phénols dérivent de la lignine qui est très présente dans le chêne. Dans des conditions de pyrolyse aérobie (cas de la chauffe), les unités terminales de la lignine seraient susceptibles de se briser et de se réarranger au niveau de la liaison T en formant des structures aldéhydiques :vanilline , syringaldéhyde. Ce réarrangement s'effectue selon la figure suivante:
Ces composés enrichissent particulièrement les arômes du vin car ils apportent des saveurs de vanille (vanilline). Leur quantité dépend de la durée du brûlage, mais si celui-ci est trop long, ils vont se dégrader à leur tour en acides phénols et en phénols volatils qui peuvent apporter des nuances de " planche, sciure ".
Les acides phénols ont peu d'intérêt car leur rôle organoleptique est peu important. En effet les ellagitanins (acides ellagique et gallique) n'ont de rôle actif que dans les échanges gazeux entre le bois et le vin lors de la fermentation malolactique consommant une partie de l'oxygène.
Les coumarines, dont la scopolétine, sont des composés phénoliques présents dans le bois et qui s'intègrent au vin au fur et à mesure du temps. On a pu ainsi montrer que la concentration en scopolétine était d'autant plus importante que le temps de séjour en barrique était long. Elle s'avère donc être un très bon marqueur du vieillissement d'un vin. Elle n'a d'autre part aucune influence gustative.
Il existe cependant de nombreux autres phénols, les phénols volatils, impossibles à analyser par CLHP. Voici donc une autre méthode de chromatographie : la chromatographie en phase gazeuse. Cette analyse va permettre de déterminer les acides gras volatils que le bois cède au vin et les composés odorants très volatils de nature pyrolitique.

III. Les composés volatils
Les composés odorants présents dans les douelles d'une barrique sont pour une part des composés naturellement présents dans le bois brut, notamment les polyphénols étudiés précédemment, et pour une autre part des substances produites à partir de certains constituants du bois sous l'effet de la chaleur. Ces dernières sont de nature pyrolitique dérivant d'une thermodégradation d'éléments déjà présents dans le bois.
Nous trouverons ainsi des dérivés de la thermodégradation des sucres, des phénols volatils, et des dérivés des lipides (les lactones).
Les expériences sont effectuées sur des vins dont l'élevage est différent et surtout le niveau de chauffe de la barrique varie.
Les résultats nous montrent que le bois apporte des composés volatils (dérivés des lipides et phénols volatils) tel que l'eugénol ; il les cède au vin.
L'eugénol (à gauche) est un phénol volatil provenant de la thermodégradation des lignines (comme vu précédemment), il se trouve ainsi dans le bois brûlé. On peut constater que sa concentration croit avec le niveau de chauffe. Il est responsable des odeurs de clou de girofle, œillet, poivre, cuir, herbes froissées. Il enrichit donc le caractère boisé du vin. D'autres phénols volatils peuvent apporter si la chauffe est trop longue des nuances olfactives désagréables telles que sueur, cheval.
Le bois enrichit également le vin en cis-3-méthyloctano-4-lactone mieux connue sous le nom de whiskylactone.
En effet le brûlage a tendance à augmenter la quantité d'acides gras déjà présents dans le bois. Les acides gras complexes sont inodores tandis que les acides gras volatils participent à l'arôme global. La dégradation thermique des lipides (acides gras hydroxylés) par la perte spontanée d'une molécule d'eau forme des lactones.
Les lactones sont des esters cycliques de 5 ou 6 atomes, stables, sans contrainte très répandues chez les végétaux. Dans le cas du chêne les seules lactones présentes sont les deux isomères de la A-méthyloctano-B-lactone. L'isomère cis (Fig.13) est beaucoup plus odorant que le trans (Fig14). Ces substances disparaissent si la chauffe est trop forte ( tableau ) et sont essentielles à l'arôme boisé du vin car elles offrent des nuances de noix de coco ou de bois fraîchement coupé.
Au sujet des acides gras, le bois comme presque tous les éléments organiques contient des polysaccharides qui vont se dissoudre dans le vin ; ils contribuent à la sensation de gras du vin et en diminuent l'astringence dont nous reparlerons un peu plus bas.
Enfin on peut constater une forte augmentation des dérivés des polyosides (sucres) grâce au chauffage et au brûlage. En effet, le chauffage des sucres du bois peut donner par pyrolyse directe plusieurs composés.
Les aldéhydes furaniques à odeurs d'amande grillée en sont les principaux dérivés.
D'autres molécules très odorantes issues de la dégradation thermique des glucides peuvent être identifiées :ce sont des hétérocycles oxygénés responsables des odeurs de grillé et de brûlé.
On trouve également des hétérocycles azotés du type pyrazine qui sont connus pour donner à de très faibles concentrations des odeurs intenses de cacao, pralin, pain frais.
Ces dosages permettent donc de mettre en évidence les principaux composés aromatiques du vin qui sont apportés par le bois de chêne. Ceux-ci renforcent la typicité du vin qui acquiert son caractère boisé au cours de son élevage. On trouve ainsi les saveurs appréciées de la noix de coco, du bois fraîchement coupé, de la vanille, du clou de girofle, du grillé, du poivre ou du caramel. Cependant si la fabrication de la barrique n'est pas rigoureuse il est possible de voir apparaître des composés peu agréables à odeurs de cheval, sueur …
L'élevage en barrique offre également au vin la possibilité de modifier sa couleur. Il existe dans le vin des polyphénols colorés comprenant trois groupes de pigments : des anthocyanes libres, des tanins et des combinaisons tanins-anthocyanes.

Réactions:

  1. 2C2H5OH + O2 ----> 2CH3CHO + 2H20
  2. A + CH3CHO ----> A-O-CH-CH3
  3. 2SO2 + O2 + 2H2O ----> 2SO42- + 4H+



Les anthocyanes libres proviennent du raisin, ils sont de couleur rouge, celle-ci dépend de leur concentration, du pH et de la teneur en SO2 libre (conservateur du vin antioxydant introduit au tout début de la fermentation).
Les tanins dérivent des procyanides et des polysaccharides, leur couleur varie de l'incolore à l'orange en fonction de l'oxydation du milieu.
La combinaison des deux en présence d'oxygène conduit à des molécules plus ou moins colorées en rouge. Or la barrique a la particularité d'être poreuse (contrairement aux cuves) et permet ainsi l'infiltration d'oxygène dans le vin, cela permet la combinaison des tanins-anthocyanes et ainsi une fixation de la couleur du vin au cours du temps. On observe donc petit à petit une disparition des anthocyanes libres et une oxydation des tanins qui va provoquer un jaunissement du vin caractérisé alors de " tuilé ".
D'autre part les tanins qui sont présents dans le bois ont la particularité d'apporter au vin une amertume peu appréciée ; on parle d'astringence. L'astringence se caractérise par la propriété qu'on certains corps de provoquer un resserrement des muqueuses de la paroi buccale (impression d'âpreté ). Il est donc nécessaire de limiter au maximum l'apport de tanins par le fût ; l'intérêt majeur du séchage à l'air libre des merrains avant la fabrication se trouve ici.
 

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